Égypte – Le général al-Sissi sort de l’ombre

Général al-Sissi
AFP

À 58 ans, le Général Abdel Fatah Khalil al-Sissi s’impose comme le nouvel homme fort de l’Égypte. Ministre de la Défense et chef du fameux Conseil Suprême des Forces Armées (CSFA), ce père de quatre enfants réputé pour sa discrétion et son professionnalisme est aussi reconnu comme un proche des Frères musulmans.

Le 12 août 2012, à la surprise générale le président Mohamed Morsi, fraîchement élu, offre une retraite anticipée au maréchal Hussein Tantawi. L’ancien ministre de la Défense de Hosni Moubarak et le chef très contesté du CSFA est remplacé par le général al-Sissi. Une victoire pour les activistes égyptiens qui luttaient contre le CSFA et le maréchal Tantawi, au pouvoir depuis la chute de Hosni Moubarak.

Le défenseur des tests de virginité

Une victoire en apparence.L’ancien chef de la Direction des renseignements militaires avait déjà fait parler de lui, en juin 2011, en étant le premier responsable militaire égyptien à reconnaître publiquement la pratique des tests de virginité sur les manifestantes arrêtées sur la place Tahrir le 9 mars 2011. « Des tests de virginité ont été pratiqués pour protéger l’armée contre des accusations possibles de viol », avait déclaré le haut gradé dans un communiqué général. Cette annonce avait déchaîné la colère des activistes égyptiens qui, seulement quelques mois après la chute de Hosni Moubarak le 11 février 2011, commençaient une lutte acharnée contre l’armée au pouvoir.

Un général proche des Frères

La nomination du général al-Sissi à la tête du CSFA par le président issu des Frères musulmans n’est pas une surprise. Contrairement à son prédécesseur le maréchal Tantawi, connu pour son aversion envers les islamistes, le général est réputé proche de la confrérie. « Il est très pieux, il a une vision du monde qui est celle d’un musulman très conservateur, sa femme est voilée et son oncle, Abbas al-Sissi, était une figure de la confrérie », explique le chercheur Tewfiq Aclimandos dans Jeune Afrique. Ce détail n’échappe pas aux activistes libéraux qui voient là un accord tacite entre le nouvel homme fort de l’armée égyptienne et Mohamed Morsi. L’armée garde ses privilèges économiques, les hauts gradés ne seront pas conduits en justice pour les crimes commis durant la période de transition et les Frères musulmans jouissent pleinement du pouvoir fraîchement conquis.

Aujourd’hui, la mauvaise gouvernance du président Mohamed Morsi conduit l’Égypte au bord d’une guerre civile que seule l’armée semble apte à pouvoir stopper. Mais l’homme de l’ultimatum, acclamé par des millions d’Égyptiens depuis lundi, reste un personnage très controversé dans cette période post-révolutionnaire.


Égypte : l’armée menace de lâcher Morsi

Les militaires a lancé hier un ultimatum de 48 h au président égyptien. Les opposants ont envahi les rues pour fêter cette victoire.

Des hélicoptères de l’armée paradent dans le ciel avec les drapeaux de l’Égypte et les manifestants dansent dans les rues. À l’annonce de cet ultimatum des militaires, les manifestants anti-Morsi rassemblés sur la place Tahrir ont entonné, hilares, les habituels « Dégage ».

En quelques heures, des centaines de milliers d’opposants sont descendues dans les rues du Caire et des grandes villes pour fêter le soutien de l’armée qui avait annoncé que si le président issu des Frères musulmans ne trouvait aucune solution à la vague de contestation qui submerge le pays, elle serait dans l’obligation de mettre en œuvre sa propre « feuille de route pour l’avenir ».

Le collectif Tamarrod (« rébellion ») a annoncé son appui à la décision du Conseil Suprême des Forces Armées. Plus tôt dans la journée, l’organisation avait également présenté un ultimatum au président égyptien : « Nous donnons à Mohamed Morsi jusqu’au mardi 2 juillet à 17 h pour quitter le pouvoir et permettre aux institutions étatiques de préparer une élection présidentielle anticipée ». En cas de refus, « ce sera le début d’une campagne de désobéissance civile totale ». Dix ministres et cinq parlementaires ont présenté, hier, leur démission au chef du gouvernement.

Inquiétude et incertitude

Pourtant, ce retour sur la scène politique de l’armée inquiète les jeunes activistes qui redoutent une prise du pouvoir par les militaires. « À bas le pouvoir militaire et à bas tous les chiens des militaires, Morsi en premier ! », s’insurgeait l’activiste Gigi Ibrahim sur Twitter.

De leur côté les Frères musulmans tentent de garder le contrôle : « Toute force allant à l’encontre de la Constitution appelle au sabotage et à l’anarchie », a commenté un responsable de la confrérie en réponse à l’armée et aux contestataires. Mohamed Morsi pourrait proposer un référendum pour rester au pouvoir. En attendant, Les Frères musulmans ont annoncé qu’ils étudiaient le communiqué de l’armée.

Selon le ministère de la Santé, les violences entre pro et anti-Morsi ont fait au moins 16 morts et près de 900 blessés depuis les manifestations de dimanche dernier. De nombreux bureaux des Frères musulmans ont été saccagés et incendiés dans plusieurs villes. Certains membres des Frères musulmans n’ont pas hésité à tirer à belles réelles sur les assaillants pour protéger les bâtiments.


Les réfugiées syriennes craignent les viols et les mariages fictifs

Syria's women refugees fear sham marriages and rape - YouTube - Windows Internet Explorer

Voici quelques extraits de ce reportage de Chanel 4 News, tourné en Jordanie.

La peur du viol

« Je n’avais pas peur. J’étais terrifiée. Je n’ai pas dormi de la nuit, tout le monde dormait sauf moi »

« Ils ont kidnappé beaucoup de filles et ils les font travailler comme des prostituées »

« Ils les violent et après ils les ramènent dans les camps »

« Les Jordaniens harcèlent les petites syriennes de 6 et 7 ans »

L’épreuve des WC la nuit

« Il n’y a aucune sécurité. Il fait très noir la nuit. Je viens avec ma fille. Elle entre et je l’attends. Il y a des filles qui ne vont pas aux toilettes. Et même moi, une femme mariée, je n’y vais pas seule »

Mariage ou vente d’êtres humains ?

« Des gens de la Jordanie, d’Arabie Saoudite et du Qatar viennent et ils demandent : « Tu ne veux pas me donner ta fille en mariage ? » »

« Pour qui nous prennent-ils ? Une place de marché, un marché aux moutons ? »

« Ils voient que l’on n’a pas d’argent, ils veulent nous exploiter »

« Il y a beaucoup de filles qui acceptent le mariage. Elles ont souffert pendant la guerre, elles sont vulnérables, elles ont besoin d’argent, de vêtements, de tout… »

« Les dotes dans les pays du Golfe sont très élevées, mais se marier avec une syrienne ce n’est vraiment pas cher »

« Il se marie avec elle, pour un mois ou deux. Il s’amuse avec elle, puis la laisse tomber »


Aqmi s’ouvre un compte sur Twitter

(Andalus_Media) sur Twitter - Windows Internet Explorer

Depuis le 28 mars dernier, Aqmi s’est mis à twitter !

Compte Twitter d’Aqmi

Le groupe islamiste était toujours passer  par l’intermédiaire de certains médias, comme l’Agence Nouakchott d’information ou Sahara Média, pour communiquer ses informations [ voir : ANI : l’agence mauritanienne d’information, chambre d’écho des djihadistes ]. A présent, Aqmi publie ses déclarations via son compte twitter, aussi bien en arabe qu’en anglais, sous le pseudonyme @Andalus_Media.

Dans un premier communiqué, Aqmi confirme l’exécution de l’otage français Philippe Verdon, le 10 mars 2013, et accuse le gouvernement français d’être responsables de la vie des otages détenus par les djihadistes. Mise en garde à l’égard des « Croisés français » qui viennent « tuer nos enfants dans leur maison » : « We hold the French government full responsibility of the lives of your sons who kept by Al-Qaeda« .

بيان للشعب الفرنسي عامة وعائلات الرهائن الفرنسيين خاصة

Statement for the French people in general and the families of the French hostages in particular

Le reseau Twitter des Djihadistes

En à peine 24 h, @Andalus_Media dépasse les 2 000 abonnés. De son côté Aqmi s’est abonné à ses collègues extrémistes : les Shebab somaliens (@HSMPRESS1), l’Echo Agence Caucase (@RevOfIslam), la Victoire du Front (@JbhatALnusra), les Partisans de la Charia en Tunisie (@AnsarShariaa_tn), etc.

Pour le moment seulement 5 tweets à son actif, mais le djihade est définitivement connecté sur la Toile.


Yahia Abou El Hammam, l’homme clef d’Aqmi

Djamel-Okacha

Crédit photo : Photo courtesy Mon Journal

L’algérien Djamel Okacha, alias Yahia Abou El Hammam, a été désigné par Al-Qaida pour remplacer Abou Zeid, tué  fin février lors des opérations menées par l’armée française et l’armée tchadienne dans l’adrar des Ifoghas, au nord du Mali. Homme de confiance d’Abdelmalek Droukdel, le numéro 1 d’Al Qaida au Maghreb islamique (Aqmi), il devient le nouveau chef d’Aqmi pour la région s’étendant de Ghardaïa (centre-sud de l’Algérie) à l’Azawad (nord du Mali). Après des années de dissensions au sein du groupe terroriste, Yahia Abou El Hammam, 34 ans, aura pour mission d’unifier Aqmi pour survivre aux attaques qui menacent actuellement ses combattants au nord du Mali.

Un combattant aguerri

Né en 1978 à Reghaïa, près d’Alger, Yahia Abou El Hammam fait ses premières armes dans sa région natale en participant à plusieurs attaques contre les forces de sécurité algériennes. Membre du Groupe islamique armé (GIA), il est emprisonné 18 mois en 1995 en Algérie, en pleine guerre civile. Dès sa libération, il rejoint  le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), qui devient Aqmi après avoir fait allégeance à la mouvance Al Qaida d’Oussama Ben Laden, en 2007.

Dans les années 2000, sur ordre du fondateur et émir suprême d’Aqmi, Abdelmalek Droukdel, Yahia Abou El Hammam migre vers le grand sud saharien, où les groupes djihadistes parviennent à s’implanter progressivement. Ils prennent le contrôle des routes de contrebande, par lesquelles transitent tous les trafics : cigarettes, produits manufacturés, armes, drogue, etc. Le jeune combattant devient alors le bras droit de Mokhtar Belmokhtar, surnommé « le borgne », vétéran de la guerre d’Afghanistan et commandant de la brigade d’Aqmi Al Moulathimin. Puis, Yahia Abou El Hammam devient l’adjoint d’Abdelhamid Abou Zeid.

Ses faits d’armes font de lui un djihadiste reconnu. Il participe à l’attaque d’une caserne militaire de Lemgheity en Mauritanie, en 2005. L’année suivante, il est condamné à mort par contumace pour terrorisme par le tribunal de Biskra. Fin 2007, il commande personnellement l’opération d’El Ghallaouiya, près de la ville d’Ouadane, en Mauritanie.  Il serait aussi impliqué dans l’assassinat de l’américain Christopher Legget, en 2009, qui travaillait pour une ONG, toujours en Mauritanie.

En septembre 2010, la chaine algérienne Ennahar le déclare mort, à la suite d’un affrontement avec l’armée mauritanienne.

L’émir du Sahara et du Sahel

En octobre 2012, Yahia Abou El Hammam est désigné chef pour le zone sahélo-saharienne, un territoire de plusieurs millions de kilomètres carrés à cheval sur la Mauritanie, l’extrême sud algérien, le Mali, le Niger, le sud libyen et l’ouest du Tchad. Cette promotion au rang d’émir intervient au lendemain de la mort de Nabil Makhloufi, alias Abou El Kama, émir adjoint de la zone du Sahara, qui meurt officiellement dans un accident de voiture dans le désert, à 140 kilomètres de Gao, au nord du Mali. Officiellement, car de nombreuses luttes intestine rongent les hautes sphères d’Aqmi.

Le nouveau titre d’émir d’Yahia Abou El Hammam est un coup dur pour Mokhtar Belmokhtar qui s’éloigne du commandement central et prend de plus en plus d’initiatives à titre personnel. Ce dernier reproche en autre au nouvel émir de ne pas être passé par la case Afghanistan. En octobre 2012, Mokhtar Belmokhtar entre en dissidence et fonde son unité combattante, responsable de la prise d’otage sanglante d’In Aménas, en janvier dernier, dans le sud de l’Algérie.

L’unificateur du djihade au Sahara

Le business des otages est une manne financière importante qui suscite tensions et rivalités entre les brigades qui compose Aqmi. Entre la katiba de Mokhtar Belmokhtar et celle d’Abou Zeid, les rapports sont tendus. Yahia Abou El Hammam, qui fut successivement l’adjoint de ces deux chefs, est alors le mieux placé pour éviter les discordes. Combattant de la première heure, proche du grand d’Abdelmalek Droukdel , numéro 1 du « Grand Sahara de l’Islam », il est l’homme du consensus. Il représente les valeurs qui unissent les différentes factions d’Aqmi, notamment le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao) et Ansar El Din, les réseaux de trafiquants, leurs bénéficiaires et les dignitaires tribaux.

Pour, le patron de la chaîne de télévision algérienne Ennahar TV, la succession d’Yahia Abou El Hammam à Abou Zeid va « renforcer d’Abdelmalek Droukdel » et calmer les tensions. De plus il « maitrise bien la philosophie djihadiste et a des dons de prédicateur » face aux jeunes, ajoute Mohamed Mokeddem. « Sa seule femme, c’est le djihad ».


Egypte : Les Frères accusés une nouvelle fois de torture

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Après les violences qui ont marqué les manifestations contre les Frères musulmans, vendredi dernier, de nouveaux témoignages accusent les membres de la confrérie d’avoir torturé plusieurs dizaines de jeunes hommes dans une mosquée du Caire.

« On était plus de 30. Certains avaient le visage coupé au couteau », témoigne un jeune égyptien qui affirme avoir été enlevé et torturé par des Frères musulmans, vendredi dernier.

Le collectif Mosireen un groupe de jeunes activistes « né de l’explosion du journalisme citoyen et de l’activisme culturel en Egypte pendant la révolution », a publié hier une vidéo regroupant une demi-douzaine de témoignages. Vendredi 22 mars, alors que des manifestations contre les Frères musulmans dégénéraient au Caire et dans plusieurs villes d’Egypte, des membres de la confrérie auraient enfermé et torturé plusieurs dizaines  de jeunes égyptiens dans la mosquée Bilal (quartier du Moqattam, au Caire). Passages à tabac, sévices corporels, menaces de mort, tous les témoignages concordent.

Vidéo de Mosireen :

« Alors qu’ils passaient en moto des Frères nous ont arrêtés. Ils nous ont demandé où on allait et d’où on venait. (…) Chacun de nous était frappé par 10 à 20 personnes, avec des battes, des fouets, des bâtons, des branches d’arbre. (…) Ils ont apporté des machettes, nous les ont donné et nous ont pris en photos avec leurs téléphones. Celui qui refusait était frappé jusqu’à ce qu’il accepte. Ils ont pris mon argent et ma carte d’identité.»

Au même instant, des hommes montent la garde devant la mosquée Bilal. « Nous protégeons les Frères, cachés dans cette mosquée, des manifestants qui veulent les attaquer », explique l’un d’eux.

Pendant ce temps dans la mosquée, le calvaire continue : « Ils nous ont dit : On va vous couper les bras et les jambes. Qui vous envoie ? Combien on vous paye ? (…) Ils disaient qu’ils allaient nous trancher la gorge. (…) Ils nous ont tous mis dans un bus puis nous ont jeté un à un, tous les kilomètres ».

Deux femmes, qui ont récupéré des blessés dans la rue, témoignent à leur tour : « Certains saignaient, d’autres avaient le visage démoli, d’autres ne pouvaient pas marcher ».

Les Frères musulmans avaient déjà été accusés d’avoir mis en place des « chambres de torture », en octobre dernier, pendant les manifestations contre le président issu de la confrérie Mohamed Morsi.

Voir : Égypte : dans les « chambres de torture » des Frères musulmans


Egypte : Quand les Frères musulmans prennent feu

Aujourd’hui, pour le « Vendredi de la dignité retrouvée », les opposants aux Frères musulmans sont descendus dans la rue. Sans surprise, les manifestations ont vite tourné en affrontements dans plusieurs villes d’Egypte.

Jets de pierre, cocktail molotov, couteaux et armes automatiques, les violences ont fait plusieurs dizaines de blessés. Une quarantaine selon le ministère de la Santé, plus de cent selon les activistes. L’ancien candidat laïc et libéral à la présidentielle, Khaled Ali, a été conduit à l’hôpital, après avoir été blessé dans les affrontements. Des bus, qui transportaient des membres des Frères, ont été incendiés. La police a tenté de disperser les militants des deux camps avec des gaz lacrymogènes.

Les bureaux des Frères musulmans ont été attaqués au Caire, à Alexandrie, à Mansoura et à Zagazgi. A Mahalla, les opposants ont mis le feu au chef lieu des Ikhouan. Ce soir, au Caire, la situation est toujours très explosive au quartier général des Frères, dans le quartier du Moqattam.

En début de soirée, l’avocat des Frères musulmans, Abd El Moneim Abd Al Mqsod a déclaré avoir fait un rapport, au procureur général, contre le Parti de la Constitution qui est accusé d’avoir kidnappé des membres de la confrérie. Selon des témoins, les hommes enlevés auraient été battus et torturés par des membres du parti.

L’appel de ce « Vendredi de la dignité retrouvé » avait été lancé après que des opposants aux Frères et des graffeurs eurent été attaqués, samedi dernier, par des membres de la confrérie, alors qu’ils manifestaient à l’extérieur du quartier général des Frères musulmans.

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Le quartier général des Frères musulmans est en feu à Mahalla

Crédit photo : page Facebook

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Un homme traine un Frère musulman.

Crédit photo : RNN News


Nigéria : Portrait du chef de Boko Haram, Abubakar Shekau

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Crédit photo : AFP

« La force ne servira pas » à libérer les otages de la famille Moulin-Fournier détenus par Boko Haram, a déclaré hier, dans une vidéo diffusée sur i-Télé, Abubakar Shekau. Chef du groupe islamiste, il est l’un des jihadistes les plus recherchés d’Afrique. Et l’un des plus méconnus.

Un disciple de Mohamed Yusuf

Abubakar Shekau aurait, plus ou moins, une quarantaine d’années. Il grandit à Mafoni, un quartier défavorisé de Maiduguri, dans le nord-est du Nigéria, une région frontalière avec le Cameroun, le Tchad et le Niger. Selon Jeune Afrique, il « traîne dans la rue et fume de la marijuana ».Comme beaucoup de jeunes du coin, il est fasciné par le prédicateur Mohamed Yusuf, avec qui il entre en contact au début des années 2000. Celui qui défend aujourd’hui les principes de la Charia n’a pas reçu de véritable formation théologique. Il est présenté tantôt comme un fondamentaliste, tantôt comme un brigand opportuniste et violent. Abubakar Shekau ne parle pas l’anglais et s’exprime en kanuri, en haoussa ou en arabe.

Mohamed Yusuf fonde Boko Haram, qui signifie en langue haoussa « l’éducation occidentale est un péché », en 2002. Cette extrémiste, qui s’inspire directement des Talibans d’Afghanistan, dénonce la constitution nigériane comme étant calquée sur les valeurs occidentales et déclare vouloir instaurer la charia et un État islamique sur l’ensemble du Nigeria. Abubakar Shekau participe activement à la lutte armée et aux actions terroristes organisées par Boko Haram, dans les années 2000.

Son retour d’entre les morts

En 2009, une série d’attaques contre les forces de sécurité nigérianes incite l’armée à lancer une opération de grande envergure contre le groupe islamiste. Un assaut frontal, le 26 juillet 2009, permet la capture du chef Mohamed Yusuf. Il est abattu quelques heures après cette arrestation. Abubakar Shekau est, lui, blessé par balle par les autorités le 30 juillet 2009, alors qu’il cherche à fuir Maiduguri en compagnie de 200 autres militants, dont une grande partie est éliminée au cours de l’attaque. Les autorités nigérianes confirment son décès.

En réalité Abubakar Shekau se cache dans le désert entre le Tchad et le Soudan. En juillet 2010, le djihadiste fait une réapparition surprise dans une vidéo postée sur Internet. Il s’y proclame leader de Boko Haram et promet une lutte sans merci au gouvernement central.

L’un des jihadistes les plus recherchés d’Afrique

Abubakar Shekau embarque l’organisation dans des attaques suicides modelées sur celles d’Al-Qaïda. À partir d’avril 2011, le groupe multiplie les attentats à la bombe contre des églises chrétiennes, des gares, des hôtels, débits de boisson et des bâtiments officiels.

En janvier 2012, le djihadiste signe son grand retour dans une vidéo  diffusée sur internet. Il y tient un discours virulent qui prône une guerre sans merci contre les politiques, les policiers et surtout les chrétiens, notamment le président nigérian Goodluck Jonathan. « Boko Haram est connu pour mettre ses menaces à exécution », affirme Martin Ewi le chercheur à l’Institut pour les études de sécurité à Pretoria, dans une interview pour France 24. « Quand Abubakar Shekau dit quelque chose, ça créé un véritable effet de panique dans tout le pays ».

« Je prends plaisir à tuer tous ceux qu’Allah me demande de tuer, de la même façon que je prends plaisir à tuer un poulet ou un bélier », déclare-t-il dans une seconde vidéo revendiquant les attentats de Kano, les plus meurtriers depuis la création du mouvement (180 morts le 20 janvier 2012).

Le 21 juin 2012, Washington l’ajoute à sa liste noire antiterroriste. Mais le chef de Boko Haram est introuvable. On signale sa présence tantôt au Nigeria, tantôt au Tchad ou dans le Nord-Cameroun. Ses apparitions se résument aux rares vidéos postées sur la Toile. Keffieh sur la tête et kalachnikov à portée de main, pour certains analystes l’image qu’il veut donner rappelle celle d’un certain Oussama Ben Laden.

La prise d’otages, une nouvelle stratégie

Le 25 février 2013, Boko Haram revendique l’enlèvement de la famille Moulin-Fournier, capturée le 19 février au Cameroun. Dans une vidéo postée sur Youtube, le groupe djihadiste demande la libération de certains de ses combattants et de leurs familles. «Ils veulent la libération de leurs frères au Cameroun et ils veulent la libération de leurs femmes emprisonnées au Nigeria», confirme Tanguy Moulin-Fournier, le père de famille.

Ce kidnapping marque un changement de stratégie pour le groupe islamiste. Et l’utilisation de l’arabe dans les communiqués renforce l’impression d’un rapprochement de Boko Haram avec les groupes terroristes internationaux, à commencer par Aqmi. Il pourrait aussi s’agir d’une nouvelle tactique pour contrer la puissance grandissante d’un autre groupe terroriste nigérian : Ansaru, qui s’est fait remarquer ces dernières années en multipliant les enlèvements d’étrangers.

Hier, Abubakar Shekau est apparu dans une nouvelle vidéo, diffusée par i-Télé. Il revendique en personne la prise d’otage et affirme la détermination de Boko Haram : « Nous les retenons parce que les autorités nigérianes et camerounaises ont arrêté des membres de nos familles, qu’ils les brutalisent et que nous ne savons rien de leurs conditions d’emprisonnement », explique le djihadiste. « Nous affirmons au monde que nous ne libérerons pas les otages français tant que nos familles sont emprisonnées. La force ne servira pas à les libérer, nous sommes prêts à nous défendre avec force. »

Une des épouses du chef djihadiste et son jeune enfant sont retenus par l’armée nigériane depuis 2012.


ANI : l’agence mauritanienne d’information, chambre d’écho des djihadistes

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[Capture d’image, du site d’ANI, le mercredi 20 mars 2013.]

L’Agence Nouakchott d’information (ANI) a annoncé mercredi l’exécution de l’otage français, Philippe Verdon, détenu par AQMI depuis le 24 novembre 2011. Cette agence mauritanienne entretient depuis des années une relation privilégiée avec les groupes islamistes du Sahel. Cependant son intégrité et surtout la fiabilité de ses informations ont, à plusieurs reprises, été remises en question.

Un média « indépendant et fiable »

ANI est une branche de la Mauritanienne de Presse, d’Edition, de Communication et d’Impression (MAPECI) qui édite les deux quotidiens Nouakchott Info et Akhbar Nouakchott. Sur son site, ANI se présente comme étant avant tout un média indépendant et fiable : « ANI cherche à combler le vide dont souffre la famille médiatique indépendante en Mauritanien en l’absence de sources fiables d’informations libres, traitées avec professionnalisme, objectivité et rapidité, dans le souci d’apporter une information sûre et sans déformation ni affabulation au lecteur là où il est. »

Des contacts privilégiés avec djihadistes du Sahel

Créée en 2007, ANI est depuis le début de son activité en contact avec les différents groupes djihadistes installés au nord du Mali et qui ont plusieurs fois menacé la Mauritanie elle-même. « Nous avons reçu le premier communiqué en 2007, nous connaissons donc bien ces groupes, leur pensée, leur idéologie et leur façon de justifier leur violence, nous en avons parfois même rencontré certains et, comme tous les journalistes, nous protégeons nos sources », a déclaré Ely Ould Maghlah au Monde, le 21 janvier 2013. ANI dispose à présent d’un vaste réseau d’informateurs et de correspondants dans le Nord malien, recrutés parmi les communautés arabe et touareg . Avec  le site d’information mauritanien Sahara Medias, l’agence privé ANI a diffusé de nombreuses vidéos des otages français.

Le 10 août 2012, Philippe Verdon parlait de ses « conditions de vie difficiles » dans une vidéo diffusée par le site mauritanien Sahara Medias.

« Officine médiatique des terroristes »

Durant la prise d’otage du complexe gazier d’In Amenas, en Algérie, en janvier dernier, ANI a été dénoncée par les autorités algériennes comme une « officine médiatique des terroristes« . Pour le site d’information Algérie Patriotique, l’ANI « a servi – visiblement à dessein – d’une véritable courroie de transmission des rumeurs les plus folles distillées par les terroristes ». « Les ravisseurs, qui faisaient de toute évidence dans la manipulation médiatique, n’étaient pas à leur premier contact avec cette agence qui semblerait avoir quelques affinités avec les groupes terroristes agissant dans la zone sahélo-sahélienne », affirme Algérie Patriotique.

L’exécution de Philippe Verdon n’a pas encore été confirmée par Paris.


L’Onu veut réguler le commerce des armes

Un traité international sur le commerce des armes fait débat aux Nations unies.

Les représentants de plus de 150 pays membres de l’Onu se sont réunis, hier, pour tenter de mettre au point un traité international sur le commerce des armes conventionnelles. L’Assemblée générale des Nations unies avait décidé par un vote, en décembre dernier, de relancer à la mi-mars les négociations sur ce qui sera, peut-être, le premier traité international régulant le commerce de l’ensemble des armes conventionnelles.

Aujourd’hui, huit millions d’armes à feu sont produites dans le monde. Un marché florissant qui pèse plus de 100 milliards de dollars par an. L’objectif de ce traité est de fixer des normes pour les transferts des armes conventionnelles, légères ou lourdes. Il imposerait également aux pays signataires de revoir tous les contrats de livraison d’armes à l’étranger, pour s’assurer que les munitions ne soient pas utilisées à des violations des droits de l’Homme. « Ces normes sont importantes pour éviter que les armes transférées ne servent à alimenter des conflits et à équiper des criminels », a expliqué le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon. Selon Amnesty International, le commerce des armes a un lien direct avec la répression, les violences et les agressions sexuelles perpétrées régulièrement pendant les différents conflits armés.
Pour la création d’un tel traité, les six principaux exportateurs d’armes, que sont les Etats-Unis (qui détient à lui seul 30 % du marché), la Russie, l’Allemagne, la France et la Chine, devront absolument trouver un consensus pour le 28 mars prochain. La question des munitions risque de ralentir les négociations. Washington s’oppose à ce que les munitions soient inclus dans le traité. John Kerry, le secrétaire d’Etat américain, avait également déclarer que les Etats-Unis n’accepteraient pas un traité qui impose de nouvelles limitations au droits des Américains à porter des armes.